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Sur le bonheur

Une pente douce conduit à une petite maison cachée sous de grands rosiers dans lesquels on a dû découper les fenêtres. Les rayons obliques du soleil couchant colorent splendidement la petite maison.

" Quel délicieux séjour ! nous écrions-nous; quel bonheur de vivre dans cette petite maison et de n'en sortir jamais ! " Alors nous traversons la rivière, s'il n'y a pas de bateau, nous nous jetons à la nage, puis nous gravissons péniblement la colline. Nous arrivons haletants, nous entrons dans la maison. Là, nous nous mettons à la fenêtre. comme tout est changé ! Le soleil, en face de nous, nous aveugle douloureusement. En abritant nos yeux avec la main, nous voyons la route monotone sur laquelle nous étions tout à l'heure. Il y passe des charrettes chargées de fumier. Puis, de l'autre côté de la route, des maisons pauvres, tristes, sales et des cabarets peints d'une affreuse nuance de rouge. Nous ne voyons plus la colline verte, la maison épanouie, les rosiers en fleurs peints par le soleil couchant.

Pour que les choses qui nous paraissent belles et riantes ne changent pas d'aspect, il faut ne pas pénétrer, ne pas entrer au milieu d'elles ; il faut rester en face, et le plus souvent les voir d'un peu loin.

Les bonheurs durables sont ceux entre lesquels et nous il y a beaucoup de chemin à faire, ceux qui reculent à mesure que nous avançons.
Alphonse Karr (1808-1890)

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